
Les passerelles métalliques vibrent au passage des navettes. Des écrans géants diffusent des messages institutionnels, des silhouettes masculines marchent vite, seules ou en groupes, leurs vêtements sombres coupant les flux de lumière.
Andréas ne parle pas tout de suite. Je devine qu’il me regarde, moi je n’y peux rien je n’arrive pas à lui accorder un regard.
— Enchanté Heldryn, je l’entends déclarer.
La voiture glisse sous un pont suspendu. L’ombre traverse l’habitacle puis la lumière réapparait. Maladroitement, je tente de me réchauffer en frottant mes mains sur mes cuisses. Depuis que nous sommes sortis du bâtiment, je suis gelée.
J’observe les trottoirs sur lequel les hommes marchent sans lever les yeux. Ils semblent pressés, occupés, concentrés.
Je murmure presque pour moi-même :
— C’est… Etrange.
Andréas fronce légèrement les sourcils.
— Quoi ?
Je cherche le mot juste.
— D’être ici.
Je réalise que ma voix sort plus fragile que je ne l’aurais voulu. Alors que la voiture tourne, les tours administratives disparaissent derrière nous pour laisser place à une grande voie rapide.
J’ai le poil qui se hérisse et m’entoure instantanément de mes bras.
— Tu as froid ? me demande Andréas.
Je tourne enfin la tête vers lui. C’est la première fois que je le regarde vraiment depuis l’Assignation. Il a l’air…préoccupé ?
— Un peu, je murmure.
Ma pauvre petite tenue couvre à peine mes bras et mes jambes. Je sens le froid de la climatisation et ne peut m’empêcher de frissonner.
Andréas tape alors à la vitre qui nous sépare du chauffeur et réclame du chauffage. Le vent chaud qui parvient soudainement me fait un bien fou.
— De rien, grince-t-il.
Un silence retombe. Je m’interroge sur l’endroit où on peut bien nous emmener. Depuis que j’ai quitté l’unité, je n’ai pas cessé d’être baladée, d’être photographiée. Je n’ai quasiment pas eu une minute d’intimité. On a parlé de ma situation, de mon corps, de mes cheveux, de mes yeux, de mes gênes, de mon capital exceptionnel, de tout ce qui composait ma personne, sans jamais réellement parler de moi. On m’analyse, me manipule avec précaution, mais finalement personne ne fait attention à moi. Heldryn tout le monde s’en fiche, le matricule c’est ce qui les intéresse.
