
Mon oreiller est trempé de larmes et de morves tandis que mes yeux restent résolument ouverts, fixés sur le plafond légèrement jaunâtre de ma chambre.
Voilà, un mois que j’ai eu le résultat du concours pour mon entrée en école d’infirmière et je ne trouve pratiquement plus le sommeil depuis. Je vais faire ma pré-rentrée dans quelques jours en école et je suis morte de peur.
La nuit a plongé la pièce dans une obscurité quasi totale. Seuls les lampadaires de la rue continuent d’éclairer mon cocon personnel, l’endroit où je me sens en sécurité, où je trouve refuge quand je me sens perdue.
Je l’ai décoré de façon à pouvoir m’y sentir bien, la douceur de mon tapis me pousse à m’y allonger et les photos de mes proches sont là pour me rappeler à quel point je suis aimée. Ferdinand, ma peluche extraterrestre est toujours sous mes draps pour que je le serre contre moi.
J’ai beau me tourner et me retourner sur mon matelas, rien n’y fait. Je vois les heures défiler sur mon réveil. Je suis certaine que je serai une déception pour toute ma famille, et j’en suis terrorisée. Même si je considère, et cela de manière objective, avoir toujours fait de mon mieux, je me rends bien compte que je n’ai pas toujours fait les meilleurs choix. Et voilà que je me retrouve à presque vingt-deux ans, à me lancer pour la deuxième fois dans des études supérieures, sans savoir à quoi m’attendre.
Quand je me suis inscrite pour passer la sélection de l’institut, je savais très bien que mon parcours allait être semé d’embûches mais je n’avais aucune envie de renoncer. En tout cas, jusqu’à maintenant. Là, tout de suite, je doute de tout, je suis tiraillée entre ma curiosité et l’envie de m’enfuir à l’autre bout de la planète.
Agacée par mes pensées nocturnes, je balance la couette à travers la pièce et décide de me changer les idées, en sortant de mon lit. J’hésite quelques secondes avant de finalement m’approcher du balcon de ma chambre pour prendre l’air. J’y ai mis une chaise de jardin, sur laquelle je me pose de temps en temps lorsque la météo s’y prête.
Je l’ai décoré avec une guirlande lumineuse et des petits poufs pour créer une atmosphère chaleureuse. J’allume la guirlande et laisse la douce lumière envahir l’espace.
Le temps est assez clément en cette fin août et malgré l’heure tardive, à savoir une heure du matin, la chaleur perdure dans le Sud. Quelques aboiements de chien se font entendre au loin, ainsi que des crissements de pneus mais globalement, les rues sont calmes.
Ça sent la nuit, cette odeur indescriptible.
Je me mets au bord de la rambarde, mes avant-bras posés contre celle-ci. Depuis le septième étage, j’ai une sacrée vue sur la ville. Les étoiles sont de sorties et recouvrent le ciel noir de leur rayonnement. Le soleil a laissé place au croissant de lune qui trône fièrement au-dessus de ma tête, une légère brise me donne des frissons et je m’empresse de me réchauffer en m’entourant de mes bras.
Je tente de faire le vide dans mon esprit quand du bruit se fait entendre sur ma droite et une voix ricaner :
— Joli pyjama.
